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Le problème de la chlordécone dans les Antilles françaises

Le problème de la chlordécone dans les Antilles françaises

Introduction

La chlordécone est un insecticide organochloré destiné à éradiquer le charançon des bananiers , ou Cosmopolites sordidus. Ce principe actif était donc utilisé sous la forme d’une poudre à épandre dans les bananeraies, mais aussi dans des champs d’agrumes et de tabacs. Ce principe actif était retrouvé en France dans les produits Kepone ®, Merex ® et GC 1189®.

En 1975, suite à un accident industriel sur le site de production du Kepone® ,à Hopwell en Virginie, on a retrouvé dans le sang des ouvriers, des concentrations de Chlordécone supérieures à 1000 μg/l. A ces fortes concentrations étaient associées de nombreux symptômes décrivant le « syndrome du Kepone » caractérisé par des atteintes du système nerveux (tremblements, pertes de la mémoire immédiate, troubles de l’humeur...), une hypertrophie du foie et une baisse de la fertilité masculine. Dans la plupart des cas, les symptômes ont disparu quelques années après l’arrêt de l’exposition.

En 1977, le Chlordécone est interdit aux Etats-Unis.

En 1979, l’organisation mondiale de la santé (OMS) classe le chlordécone dans les « cancérigènes possibles ».

Cependant, la chlordécone a été utilisée de 1971 à 1990 en France. Malgré les interdictions d’utilisation décidées en 1990, un flou législatif a permis d’établir deux dérogations successives signées par les ministres de l’agriculture de l’époque qui ont autorisé son utilisation aux Antilles jusqu’en 1993. Malgré les interdictions mises en place, on sait que certains agriculteurs continuaient illégalement d’utiliser cet insecticide pendant quelques années.

En 2007, le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE) définit la chlordécone comme un « Polluant organique persistant » (=POP). C’est donc une « substance persistante (aux dégradations biotiques et abiotiques), fortement bioaccumulable, et qui peut être transportée sur de longues distances et être retrouvée de façon ubiquitaire dans l'environnement ». Les critères utilisés pour la classification POP sont définis par l’Annexe 5 de la Convention de Stockholm (placée sous l’égide du PNUE).

Puisque la molécule est interdite depuis des décennies, pourquoi pose-t-elle encore problème ?

Selon les études menées par L’INERIS, le chlordécone de formule C10Cl100 est une molécule d’une grande stabilité chimique, sa persistance est donc très importante. En effet, les tests effectués montrent que :

· Par hydrolyse, « aucune réaction de dégradation n’est attendue en conditions environnementales »

· « La photolyse directe de la chlordécone n’est pas significative »

· « La chlordécone n’est pas facilement biodégradable »

De plus, le temps de demi vie de ce principe actif est de 10 ans, ce qui signifie qu’il y aura encore une activité dans plus de 600 ans.

Image 1 : Représentation de la structure chimique de la Chlodécone

On sait que la chlordécone est peu soluble et peu volatile. Cependant, son affinité pour la matière organique des sols est très élevée. Elle sera donc majoritairement adsorbée sur les matières organiques par des liaisons de faible énergie. Les eaux superficielles ruisselantes dans les anciennes cultures peuvent aussi contenir du Chlordécone. Dans ce cas, la contamination est alors associée aux particules en suspension dans l’eau. On observe également une migration du chlordécone vers les eaux profondes lorsque le sol est très argileux ou très pauvre en matière organique ou encore si les sols ont été fortement contaminés .

Cet extrait d’une étude menée par l’Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques (INERIS), met en évidence que la chlordécone est bien présente dans les boues, les eaux de captages et les eaux marines. Autrement dit, la chlordécone se retrouve dans la chaîne alimentaire dans beaucoup d’aliments :

- Les légumes, et en particulier dans les racines et tubercules tels que les patates douces, les ignames, les carottes, et dans les productions végétales intermédiaires telles que les légumes de la famille des cucurbitacées ou encore les laitues, la canne à sucre, etc.

- Les algues, et autres plantes aquatiques, certains invertébrés et poissons des zones contaminées aussi bien pour l’eau douce que pour l’eau de mer.

- L’eau de réseau, soit l’eau du robinet

La bioaccumulation de la chlordécone parcourt donc toute la chaîne alimentaire jusqu’à se retrouver dans nos assiettes.

Image 2 : Schéma de la contamination des plantes par la chlordécone

Nous savons déjà que toutes les Antilles sont concernées par le problème. En juin 2018, le journal Le Monde déclare que la quasi-totalité des 800 000 habitants de la Guadeloupe (95%) et de la Martinique est aujourd’hui contaminée. Cette étude inclue évidemment les femmes enceintes et les nourrissons.

Les conséquences sur la population

La chlordécone est un perturbateur endocrinien, il va donc interférer avec le système hormonal. Aujourd’hui, l’INSERM affirme qu’elle affecterait les activités ostrogéniques, prostagéniques et thyroïdiques en particulier, de telle sorte qu’elle impacterait les adultes, les enfants, la femme enceinte, le fœtus et le nourrisson.

L’étude de cohorte Timoun réalisée entre 2004 et 2007 avec un échantillon de 1068 femmes enceintes a permis d’isoler des symptômes liés à la présence systémique de la chlordécone chez la femme enceinte. L’étude a rendu des conclusions sur le déroulement des grossesses et le développement comportemental à 7 et à 18 mois. Le suivi des enfants s’est poursuivi jusqu’à l’âge de 7 ans.

L’étude Timoun montre que plus la concentration de chlordécone dans le sang est importante, plus la durée de grossesse diminue, augmentant donc le risque d’accouchement prématuré (soit à moins de 37 semaines d'aménorrhée).

La chlordécone traverse systématiquement la barrière placentaire, passe dans le cordon ombilical (dans 56% des cas dans l’étude Timoun) et dans le lait maternel, mais en faible concentration (pour cela, l’allaitement maternel est tout de même recommandé dans l’intérêt de l’enfant sur le principe de la balance bénéfice-risque). Cependant, l’exposition au chlordécone reste permanent, et a parfois des conséquences, surtout au niveau du système thyroïdien. 150 enfants de cette étude ont été suivis à 7 et à 18 mois. Il a été mis en évidence qu’une dysthyroïdie impactait le développement psychomoteur aussi bien lors des expositions prénatales et postnatales. Après les 18 mois, seul le développement moteur fin chez les garçons était encore impacté.

L’étude Karuprostate a montré que plus l’exposition à la chlordécone est importante, et plus le risque de développer un cancer de la prostate ou une récidive de cancer de la prostate l’est aussi. Selon les métabolismes des individus, la substance cancérigène est plus ou moins bien éliminée. Évidemment, les individus qui l’éliminent plus lentement ont un risque plus élevé de contracter un cancer.

Image 3 : Relation de proportionnalité entre la contamination des organes souterrains récoltés et la teneur en chlordécone du sol à proximité : définition d’une relation majorante (ligne noire épaisse) permettant de convertir la limite maximale de résidu dans les aliments (LMR) en limite maximale de pollution du sol autorisant la mise en culture.

Conclusion

Voici la conclusion de l’ARS sur le cas de la Chlordécone : «Les études épidémiologiques se poursuivent (cohorte Timoun, nouvelles études en projet sur les cancers du foie, du sein et les récidives de cancers de la prostate). Elles ont déjà montré des effets à court terme de la chlordécone lors de fenêtres critiques d’exposition (grossesse et développement de l’enfant) et peut-être des effets à long terme (cancer). Les efforts pour réduire l’exposition doivent en conséquence être maintenus, sinon renforcés ». Il faut donc éviter de boire l’eau de réseau aux Antilles, et privilégier la consommation d’eau en bouteille ou d’eau osmosée.

Sources

Agronomie, environnement & société, juin 2012, volume N°2/numéro 1, P45- Chlordécone aux Antilles : évolution des systèmes de culture et leur incidence sur la dispersion de la pollution, M. LESUEUR-JANNOYER, P. CATTAN, D. MONTI, C. SAISON, M. VOLTZ, T. WOIGNIER, Y.M. CADIBOCHE (Cirad, Ird, Inra, CNRS)

INERIS : VALEUR GUIDE ENVIRONNEMENTALE, CHLORDECONE– n° CAS : 143-50-0 Validation groupe d’experts : Novembre 2012, Version 3 : 24/03/2013, Page 4

- https://www.martinique.ars.sante.fr/system/files/2017-08/7%20-sant%C3%A9-Vweb2.pdf

- https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/25880-Cancers-bebes-prematures-Antillais-massivement-empoisonnes-chlordecone

- https://www.sciencesetavenir.fr/sante/le-chlordecone-un-pesticide-a-la-dangerosite-demontree_127972

- https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/06/06/scandale-sanitaire-aux-antilles-qu-est-ce-que-le-chlordecone_5310485_3244.html

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